Dissertation: Question de l'Homme dans les genres de l'argumentation.


« La littérature doit-elle véhiculer des réflexions mettant en cause les questions fondamentales de l’Homme ? »


Au Xème siècle avant Jésus-Christ, Homère écrit ses deux fameuses épopées, L’Iliade et l’Odyssée. Ces œuvres marquent le début de la littérature au sens actuel du terme, à savoir un texte écrit, reconnu avec des finalités esthétiques. Dans ces textes, il est souvent question des sentiments des héros, tels que le courage et l’amour. Différentes formes de questionnements sur l’Homme sont donc mises au jour. Ces épopées étant considérées comme les prémices de la littérature, nous pouvons donc nous demander si celle-ci doit véhiculer des réflexions mettant en cause les questions fondamentales sur l’Homme ou bien au contraire si elle peut se proposer d’autres fonctions telles que le divertissement. Tout d’abord, nous allons voir que certaines formes de littérature, comme le Vaudeville, certains romans policiers ou encore le Parnasse, se passent de réflexions sur la nature de l’Homme. Néanmoins, il apparaît que certains genres littéraires tels que l’essai ou la maxime impliquent d’eux-mêmes des questionnements sur l’Homme. Nous verrons donc dans un second temps que la littérature est très souvent un moyen pour l’auteur de mettre en place une réflexion sur la nature humaine. Mais, s’il est bien vrai que la littérature développe des réflexions sur l’Homme, quelle est donc la spécificité de ce genre par rapport à la philosophie notamment ? Ce sera l’objet de notre troisième partie.


Tout d’abord, nous allons voir que certaines formes de littérature n’ont pas pour but principal de mener des réflexions sur la nature de l’Homme. En effet, le Vaudeville, par exemple, se propose de divertir son lecteur -ou son spectateur- notamment grâce au rire. Ainsi, par définition même, le Vaudeville est une comédie sans intentions psychologiques ni morales. Ce genre ne fait donc pas réfléchir son lecteur sur des questions fondamentales mais l’amuse, en particulier grâce au comique de situation omniprésent. Par exemple, dans la pièce Un fil à la patte de Georges Feydeau, les péripéties s’enchaînent : un riche bourgeois, qui a une maîtresse, doit rompre car il doit se marier le lendemain avec une autre. Mais il se retrouve dans une situation inextricable et les quiproquos vont se suivre les uns après les autres. Ainsi, dans certaines comédies, l’auteur privilégie la distraction du lecteur à sa réflexion.

De même, l’auteur peut décider de divertir son lecteur par le suspense et l’enchaînement d’actions. C’est notamment le cas dans les romans policiers, où le lecteur découvre peu à peu les indices du crime. L’auteur attend la dernière seconde pour dévoiler qui est le coupable : il distrait donc son lecteur par le suspense. Pour ne citer que lui, Sherlock Holmes est un détective anglais crée par Sir Arthur Conan Doyle qui doit résoudre des énigmes restées non élucidées. Par exemple, dans le roman Une étude en rouge, paru en 1887, où Sherlock Holmes apparait pour la première fois, il doit résoudre un crime énigmatique avec son compagnon Watson. Si le roman policier est devenu si célèbre de nos jours, c’est parce que les rebondissements des différentes aventures et l’attente de la fin ont séduit les lecteurs, et non parce qu’il menait des réflexions fondamentales.

Par ailleurs, dans un tout autre genre, la littérature peut également jouer sur la beauté seule des mots et de la langue. En effet, dans la poésie Parnassienne en particulier, les auteurs rejettent les engagements politiques et sociaux de leurs écrits, privilégiant le travail de la forme selon la théorie de « l’Art pour l’Art » de Théophile Gautier. Cette dernière repose sur la recherche de la beauté, en dehors de toute visée utile de l'œuvre d'art. Par exemple, Leconte de Lisle, dans son poème « Paysage polaire » décrit un paysage naturel enseveli par la neige et le froid. Ici, aucune question fondamentale n’est soulevée, le poète s’intéressant uniquement à la beauté des mots et de la tournure pour dépeindre la scène. Dans ce genre de poèmes, aucun questionnement sur la nature humaine n’est soulevé.


Toutefois, la plupart des genres littéraires mettent en place des réflexions mettant en cause les questions fondamentales sur l’Homme. Certains genres, tels que l’essai, sont à la frontière entre la philosophie et la littérature et permettent donc à l’auteur d’exprimer ses pensées. Par exemple, Montaigne effectue dans ses Essais des réflexions simples, sur lui-même. Dans sa préface, il annonce au lecteur: « c’est moi que je peins », ce qui donne à cette ouvre un caractère autobiographique. Toute son œuvre peut donc se résumer à cette question : « qu’est-ce que l’Homme ? » De la même façon, La Rochefoucauld, dans ses Maximes, mène des réflexions sur sa vie quotidienne, en particulier sur des sentiments tels que l’amour-propre. Ainsi, une de ses maximes les plus célèbres est : « il y a dans la jalousie, plus d’amour-propre que d’amour ». Ces phrases courtes à l’allure simple font s’interroger le lecteur sur la condition humaine et les sentiments. Ce qui distingue ce genre d’œuvres à la philosophie sous fourme de traités, ce sont les effets de style et la recherche de la tournure, des mots justes.

Mais d’autres genres littéraires véhiculent des réflexions sans pour autant être des essais ou des maximes. En effet, les romans- en particulier les romans d’apprentissages- transmettent des méditations au lecteur. Par exemple, dans Le rouge et le noir de Stendhal, Julien Sorel est confronté à des questions fondamentales telles que l’amour ou la religion. Il va devoir apprendre par lui-même et se confronter à la vie. Ainsi, le lecteur apprend et peut se poser les questions imposées par l’auteur. De même, dans le roman épistolaire Les liaisons dangereuses, les réflexions de Laclos sur les thèmes du libertinage et de la femme se font à travers la psychologie de ses personnages. Il est par conséquent plus facile pour l’auteur d’exprimer ses questionnements. Mais ce déguisement derrière des personnages a également lieu au théâtre. En effet, dans les comédies sérieuses de Molière, par exemple, en particulier dans Dom Juan, les interrogations de l’auteur sur le libertinage et la religion passent à travers le regard des personnages et ont donc une portée générale.

Enfin, le genre où le plus de réflexions sont menées, est la poésie ainsi que les apologues. Effectivement, dans ces derniers, le but des auteurs est de lier le plaisir de lire ainsi que l’instruction du lecteur. Dans les Fables de La Fontaine, le lecteur est confronté à une méditation sur les conditions sociales et une critique de la société. C’est notamment le cas dans « Les animaux malades de la peste », où La Fontaine dénonce la mauvaise foi de la cour. Le lecteur peut alors réfléchir sur le fonctionnement de cette société corrompue. De même, dans la poésie Romantique, en particulier dans Les Contemplations, Victor Hugo décrit sa vision du monde et de l’Univers, en particulier ses pensées sur la mort. Dans le poème « Le pont », Hugo se trouve face un immense gouffre et y rencontre Dieu. Il incite alors le lecteur à réfléchir sur l’importance de la religion et du passage entre la vie et la mort.


Il apparait donc que la littérature est souvent le lieu d’une réflexion sur l’Homme. Mais elle partage ceci avec les formes diverses de la philosophie. Mais alors, si toutes deux mènent des réflexions sur la nature de l’Homme, qu’est-ce qui les différencie ? La littérature ne court-elle pas le danger d’être réductible aux idées qu’elle soutient ? Qu’est-ce qui fait la spécificité de la littérature ? C’est ce que nous allons étudier dans notre dernière partie. Tout d’abord, dans les romans, le lecteur peut s’identifier aux personnages, aspect qui ne se retrouve pas dans les essais philosophiques dans lesquels l’auteur parle en son propre nom. Ainsi, les émotions sont plus facilement transmises et les pensées plus claires. C’est pourquoi Jean-Paul Sartre écrit La Nausée, un roman philosophique où un homme décrit ses sensations sur son existence, avant d’écrire quelques années plus tard, L’Être et le Néant, un essai philosophique reprenant globalement les mêmes idées. De même, dans Le dernier Jour d’un condamné, Hugo exprime ses idées par rapport à la peine de mort à travers le regard d’un condamné à mort. Le lecteur peut alors s’identifier au personnage et ses questionnements sont concrétisés. On voit donc sous quelles formes le roman s’approprie des méditations philosophiques.

Nous avons vu qu’au théâtre aussi des questions fondamentales étaient soulevées. Mais l’intérêt spécifique de ce genre est l’exagération. En effet, les défauts des Hommes sont mis en valeurs dans le but de les améliorer. Par exemple, dans la célèbre pièce de Molière, Tartuffe, c’est l’hypocrisie et la mauvaise foi du personnage qui est soulignée. Le spectateur peut ainsi se rendre compte de la bêtise de ce personnage et ne pas faire la même erreur. De plus, le théâtre est un spectacle vivant où l’on retrouve une mise en scène particulière. Le jeu des acteurs peut aussi influencer le spectateur, comme dans l’Ile des Esclaves. Dans cette comédie utopique, Marivaux dénonce le hasard des naissances et donc des classes sociales, notamment grâce au jeu des acteurs de Commedia dell’Arte qui amplifient les caractères et les défauts du maître et du valet. Un essai philosophique tel que Le contrat social écrit par Jean-Jacques Rousseau qui dénonce également les inégalités parmi les Hommes n’aura donc pas la même portée. Le théâtre est donc un genre spécifique car il possède un pouvoir scénique, qui lui permet de montrer avec plus de force les vérités sociales.

Enfin, la poésie également transmet des méditations. Mais dans ce genre, c’est la musicalité des vers ainsi que son rythme qui en fait sa spécificité. Effectivement, les questions soulevées dans un poème sont en harmonie avec la structure de ce dernier. Dans Les Fleurs du Mal, Baudelaire décrit son état d’esprit. Dans le poème « Parfum exotique » il parle du voyage qui a lieu alors qu’il dort avec une femme. Mais que resterait-il si, au lieu d’écrire en vers, il écrivait un traité sur l’Amour ? De la même façon, dans le poème « Sensation », Arthur Rimbaud parle de son sentiment de liberté. La structure du poème, les rimes, le rythme, permettent donc d’accentuer les réflexions sur les sentiments premiers et de les rendre plus accessibles.


Nous avons donc vu que dans certains genres de littérature, véhiculer des réflexions sur la nature de l’Homme n’était pas une priorité. Cependant, ce n’est que dans quelques cas particuliers dont le vaudeville, le roman policier, et le parnasse. Ainsi, dans la plupart des genres littéraires, à savoir le roman, le théâtre et la poésie, des méditations sur la vie humaine sont soulevées. Nous nous sommes alors demandés ce qui faisait la particularité de la littérature par rapport à la philosophie dans chacun des genres. Nous avons remarqué que la réflexion littéraire et la réflexion philosophique sont interdépendantes c’est-à-dire que la littérature donne une coloration à la philosophie. Nous pouvons à présent nous demander si le but de toute œuvre d’art n’est pas de transmettre des questionnements sur la condition humaine.


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