Magnus

Ce travail est une fausse interview de Sylvie Germain, auteur du roman Magnus réalisée en français en Seconde. Le but était de présenter un roman moderne sous une forme originale. Note: 20/20


Journaliste : Bonjour à tous et bienvenue dans l’émission Un livre, un auteur. Aujourd’hui, nous accueillons Sylvie Germain qui va nous présenter son roman Magnus !


Sylvie Germain : Bonjour à tous.


J : Avant de commencer cette émission, nous allons en dire un peu plus sur vous car tous nous téléspectateurs ne vous connaissent pas… Alors, si je ne me trompe pas, vous êtes née en 1954 à Châteauroux. Vous avez suivi des études de philosophie, auprès d’Emmanuel Lévinas, que vous admirez.


S.G : Effectivement…


J : C’est à cette époque que vous commencez à écrire des contes et des nouvelles. Dès 1983, vous publiez Le Livre des Nuits suivi de Nuit d'Ambre, une saga familiale qui reçoit six prix littéraires. À la suite de ce succès, vous partez vivre à Prague en Tchécoslovaquie.


S.G : Je suis tombée amoureuse de ce pays où j’enseignais la littérature française. Je pense que cette immersion à beaucoup influencer mes œuvres.


J : En 1989, vous publiez Jours de colère, qui reçoit le prix Femina. Quatre ans plus tard, vous retournez en France. Le thème de l’effacement, de la disparition et de la mémoire revient dans plusieurs de vos récits, notamment dans votre dernier roman Hors champs ou encore dans Magnus. En 2012, vous avez reçu le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres et en 2013, vous êtes élue à l'Académie de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Nous venons d’évoquer Magnus, un de vos romans qui a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2005. C’est l’œuvre que vous avez choisi de nous faire découvrir aujourd’hui. Alors, expliquez-nous, qui est Magnus ?


S.G : Magnus est un ours en peluche, au pelage marron clair et à l’oreille légèrement brûlée qui accompagne le héros tout au long de l’histoire.


J : Et ce héros qui est-il ?


S.G : Tout le roman est axé sur cette question : la recherche incessante de soi-même. Parce que Magnus a la mémoire trouée : à l’âge de 5 ans, il a été atteint d’une fièvre qui lui a ôté tous ses souvenirs.


J : Et c’est sur cette scène que s’ouvre votre roman. Et ensuite, que se passe-t-il ?


S.G : Il faut tout d’abord ajouter que nous sommes en 1945, fin de la Seconde Guerre mondiale et du Nazisme : Franz Georg, le premier nom de Magnus, et ses parents Thea et Clemens s’enfuient dans la Sud de l’Allemagne.


J : Pour des raisons que le petit garçon ignore mais que nous savons bien…


S.G : Oui car en fait, son père est un criminel de guerre : il était médecin en chef dans le camp d’extermination de Dachau et sa mère sa complice et fervente du Reich et de son führer, Hitler.


J : Que se passe-t-il pour ses parents Nazis ?


S.G : Son père s’exile au Mexique et quelques mois plus tard, Thea apprend son suicide. Elle confie alors son fils à Lothar, son frère, qui habite à Londres.


J : Et c’est dans un tout autre monde que vit Franz-Georg…


S.G : Déjà, il change de nom et devient Adam Schmalker. Il apprend la vérité sur ses parents. Mais les relations avec sa nouvelle famille restent distantes, presque superficielles. Il fait des études de langues et part pour 5 semaines au Mexique, sur les traces de son père.


J : Il fait la rencontre de May, qui deviendra sa femme et ce dans des conditions peu banales…


S.G : Adam sauve une femme qui manque de se faire renverser par une voiture. Il s’agit de May Gleanerstone.


J : Pour le remercier, elle lui offre un livre Pedro Paràmo de Juan Ruflo. Pourquoi ce livre Sylvie Germain ?


S.G : Ce livre, comme le mien, raconte l’histoire d’un fils à la recherche de son père, dans un cadre surnaturel. Et c’est en le lisant que des bribes de son passé lui reviennent en mémoire : il comprend que ses parents l’ont en fait adopté après l’opération Gomorrhe.


J : Expliquez à nos téléspectateurs, qui ne sont pas des historiens, ce qu’est cette opération.


S.G : Pendant la Seconde guerre mondiale, "opération Gomorrhe", est le nom donné par les Alliés au bombardement de Hambourg (en Allemagne) qui a débuté le 24 juillet 1943. Pour affaiblir les Allemands, les Américains ont mené une série de raids terroristes qui a duré huit jours et sept nuits et au cours de laquelle 42 600 personnes ont trouvé la mort.


J : C’est donc un moment très important pour notre héros puisque la plus importante pièce du puzzle vient s’ajouter. Pouvez-vous nous donner plus d’informations sur cette adoption ?


S .G : Les Dunkeltal ne sont pas ses vrais parents puisque il a en fait été adopté par Thea car elle était stérile et qu’elle pourrait écrire sa propre histoire dans la mémoire blanche de ce petit garçon. J’ai passé beaucoup de temps à écrire ce passage, que je vais vous lire.

Lecture du passage.

Il s’agit là d’une double trahison que le héros aura bien du mal à surmonter. A ce moment-là, le peu de certitudes qu’il avait s’effondre et la quête de sa véritable identité commence.


J : Après cet épisode, Adam décide de changer de nom. Pour lequel optera-il cette fois-ci ?


S.G : Eh bien, après de nombreux changements, il choisit le nom du seul témoin de son « vrai » passé. C’est celui de son ours en peluche, Magnus.


J : C’est sous ce nouveau nom que Magnus noue une relation amoureuse calme et sereine avec May. Mais au bout d’une dizaine d’années, elle meurt d’une grave maladie héréditaire. Magnus ne peut pas rester aux États-Unis où il était installé, où décide-t-il de partir ?


S.G : Il choisit de rentrer en Angleterre pour prendre soin de son oncle, Lothar qui a vieilli.


J : Mais Lothar finit par vieillir et sa petite-fille Myriam offre à Magnus son masque mortuaire en souvenir du mort. Tout comme son ours en peluche, il gardera ce masque jusqu’à la fin du roman. Pourquoi un tel cadeau ?


S.G : En lui offrant ceci, Myriam veut donner à Magnus le père qu’il n’a jamais eu et en effet, c’est un des rares biens qu’il conservera.


J : Un jour, Peggy, son premier amour- puisqu’ils s’étaient embrassés à 15 ans- cherche un professeur d’allemand, Magnus se propose et ils se voient régulièrement. Il va apprendre une bien étrange nouvelle.


S.G : Oui, Il apprend que Tim, le mari de Peggy, n’est pas tombé accidentellement de la falaise où il est mort comme elle le prétendait. C’est elle qui l’a poussé au suicide. Ce secret est le point de départ de leur relation amoureuse.


J : Ils s’installent ensuite à Vienne, en Autriche. Un soir, alors qu’ils dînent dans un restaurant de la ville, Magnus croit reconnaître la voix de son père, Clemens Dunkeltal, qu’il croyait mort suicidé.


S.G : Il avait effectivement l’habitude de l’entendre chanter étant petit et aurait reconnu cette voix entre mille. Magnus, fou de rage, lui fait passer un message pour lui faire comprendre qu’il l’a reconnu. L’ancien nazi prend peur et, au volant de sa voiture, il renverse intentionnellement Magnus et Peggy. Cette dernière meurt et Magnus reste handicapé. Son « père » se suicide peu après.


J : Perdu et fatigué, Magnus s’installe en France, dans la campagne. Il fait la connaissance de Frère Jean. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce nouveau personnage ?


S.G : C’est un moine qui élève des abeilles. Il provient d’un autre de mes romans, Jour de colère. Lors de leur première rencontre frère Jean demande à Magnus comment il s’appelle, mais le héros ne se souvient de rien. Après plusieurs heures de recherches, il se remémore sa véritable identité et il écrit inconsciemment son nom dans la poussière. Ce n’est pas Magnus qu’il écrit, mais un autre nom, son vrai nom, que je ne nous divulguerai pas.


J : Mais à nous vous ne pouvez pas nous le dire ?


S.G : Juste un indice : il y a un L dedans et c’est un nom islandais car notre héros serait à priori de cette origine.


J : Après la scène où frère Jean apprend à Magnus à écouter le silence dans la forêt, qu’advient-il du moine ?


S.G: Frère Jean meurt de vieillesse et Magnus, devenu serein grâce à ce dernier, se débarrasse de son ours et du masque mortuaire qu’il jette dans la rivière: il s’en va reposer. Une autre histoire commence.


J : Vous savez sûrement que cette fin à surpris voire déçu plus d’un de vos lecteur. Pour ma part, j’ai trouvé que votre style est travaillé et recherché. Mais par contre, j’ai trouvé que la fin du roman, notamment la rencontre avec le Frère Jean ne répondait pas au même courant littéraire. Expliquez – nous cette fin pour le moins surprenante...


S.G : Il est vrai que j’ai particulièrement travaillé sur cet excipit. Je comprends que mes lecteurs aient interprété ce final comme étant merveilleux voire mystique mais la fin reste dans la même optique que le roman, j’ai simplement voulu laisser à Magnus la possibilité de recommencer à zéro après son existence plombée de mensonges et de deuil.


J : Merci beaucoup pour ce résumé ma foi très complet. J’aimerais toute fois revenir sur la construction de votre roman que j’ai trouvé très réussie : il est découpé en 30 fragments, intercalés avec des Notules ou des Séquences. Pourquoi une telle construction ?


S.G : Magnus retrouve progressivement la mémoire. Le roman est comme un puzzle que l’on reconstitue tout comme le personnage de Magnus. C’est pourquoi les fragments de mémoire ne sont pas tous dans l’ordre. Par exemple, le fragment 1 qui dévoile l’opération Gomorrhe se trouve au milieu du livre. Mais, il y avait des passages que je ne pouvais pas faire rentrer dans la narration, comme les extraits de textes ou des biographies. C’est pourquoi j’ai inséré des textes intercalaires.


J : Et en fait, d’où vient ce nom, Magnus, Sylvie Germain ?


S.G : Magnus signifie « grand » en latin. Mais ce n’est pas à cause de son étymologie que je l’ai choisi... C’est le nom qui s’est imposé avec le personnage ou plutôt le personnage avec ce nom.


J : Et au fond, c’est ça le thème de l’histoire, non : la recherche de sa propre identité ?


S.G : Oui, et c’est ça qui nous percute, car ça parle vraiment de nous. La vie n’est–elle pas une quête incessante de la recherche de soi-même, avec des périodes intenses et des «passages à vide» ? Magnus a eu une enfance malheureuse, hantée par les mensonges. Il a dû trouver la vérité avant de se trouver soi-même grâce à ses différentes rencontres : ses amours, Peggy et May, sa figure paternelle Lothar et enfin le frère Jean.


J : Voici un extrait qui résume, je trouve, très bien votre roman Sylvie Germain. Il se situe dans une partie intitulée « Résonances », juste après la mort de May.

"Magnus ?... Qui est Magnus ? » avait demandé May.

Magnus est un ourson de taille moyenne, au pelage très râpé, marron clair faiblement orangé par endroits. Il émane de lui une imperceptible odeur de roussi et de larmes.

Ses yeux sont singuliers, ils ont la forme et le doré — un peu fané — de la corolle de renoncules, ce qui lui donne un regard doux, embué d'étonnement.

Magnus est un homme d'une trentaine d'années, de taille moyenne, aux épaules massives, au visage taillé à la serpe. Il émane de lui une impression de puissance et de lassitude.

Ses yeux, brun mordoré virant parfois à l'ambre jaune, sont enfoncés dans l'ombre des orbites, ce qui lui donne un regard singulier — de rêveur en sentinelle."


S.G : C’est vrai que dans cette résonance, je compare l’ours en peluche à l’homme puisque ils ont pris le même nom. Il y a un contraste entre l’ours qui connait tous les secrets d’avant Gomorrhe (le feu et les larmes) mais par contre l’homme guette tout indice lui permettant de reconstruire le puzzle de sa vie.


J : Et c’est ça qui est formidable dans votre livre Sylvie Germain. Nous vous rappelons que Magnus a reçu le prix Goncourt des lycéens en 2005. Lisez-le ; vous ne serez pas déçus ! Merci beaucoup Sylvie Germain.


S.G : Merci à vous.


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