Ubu Roi


Voici une fiche de lecture sur la pièce Ubu Roi d'Alfred Jarry réalisée en 1ère en français. Note: 20/20


Ubu Roi est une pièce de théâtre en cinq actes écrite par Alfred Jarry. Elle a été publiée pour la première fois le 25 avril 1896 dans la revue Le Livre d’Art et a été représentée le 10 décembre 1896 au Nouveau-théâtre.


Frise chronologique :


Temporalité et localité:

La pièce se déroule globalement en Pologne, « c’est-à-dire nulle part » selon l’expression d’Alfred Jarry dans son discours de présentation de la pièce. Cependant, la pièce comporte plus de 24 décors différents, avec par exemple le palais royal, la caverne ou encore le champ de bataille. L’unité de lieu est donc loin d’être respectée. De plus, lors de la dernière scène, Ubu mentionne d’autres pays comme l’Espagne, la France ou encore la Germanie.


Cette pièce ne respecte pas l’unité de temps non plus. On ne sait pas sur combien de temps précisément s’écoule la pièce mais les actions sont longues et se déroulent sûrement sur plusieurs jours voire plusieurs semaines. Il est de même impossible de situer l’action dans une époque car les personnages qui portent des noms réels ont vécu à des époques totalement différentes.


Les personnages

Le père Ubu est le capitaine de dragons, ancien roi d’Aragon et officier de confiance du roi Vanceslas. La mère Ubu, sa femme, le pousse à tuer le roi et s’emparer de son trône. C’est un personnage grotesque, inspiré d’un professeur de physique ridicule, M. Hébert, qu’Alfred Jarry a connu au lycée. Ubu est un homme de très forte corpulence, goinfre (lors du buffet, il mange un poulet entier) et naïf. Lorsqu’il devient roi de Pologne, il agit comme un tyran cupide et avare puisqu’il tue tous les nobles, financiers et magistrats. Il ne respecte personne, en particulier sa femme à qui il dit : « tu es bien laide aujourd’hui… » et n’hésite pas non plus à trahir le capitaine Bordure et le roi Vanceslas. C’est également un personnage lâche et qui fait part d’une grande mauvaise foi. Par exemple, lorsqu’il est attaqué par l’ours dans la grotte, il se cache « sur un rocher » et s’attribue ensuite le mérite de l’avoir tué en récitant un Pater Noster. Il utilise des expressions qui lui sont propres, comme le fameux : « merdre ! » ou encore « de par ma chandelle verte »


La mère Ubu est la femme du Père Ubu. Tout aussi grotesque, elle semble pourtant plus manipulatrice et avide de pouvoir que lui. En effet, c’est elle qui le pousse à s’emparer du trône de Pologne. De plus, elle détourne de l’argent sans qu’il ne s’en aperçoive et, à la fin, invente le stratagème de « l’apparition divine » pour ne pas se faire remarquer. Elle est inspirée de la lady Macbeth, dans la pièce éponyme de Shakespeare.


Le capitaine Bordure est un militaire qui s’allie au début avec Ubu contre le roi Vanceslas. Cependant, Ubu ne tient pas sa promesse de le nommer duc de Lithuanie et l’emprisonne. Bordure s’enfuit alors et rejoint le czar russe Alexis. Il est tué lors de la bataille qui oppose l’armée russe et polonaise.


Le roi Venceslas représente le souverain juste mais aussi naïf. En effet, juste avant qu’Ubu ne le tue et s’empare de sa couronne, il l’a nommé comte de Sandomir, refusant de croire en sa trahison. Deux de ses fils, Ladislas et Boleslas, sont eux aussi tués lors du coup d’état d’Ubu tandis que sa femme Rosemonde et son troisième fils Bougrelas s’échappent. Cette dernière l’a prévenue en vain des mauvaises intentions Ubu mais elle n’a pas été écoutée par son mari. Elle meurt de chagrin et d’épuisement après sa fuite.


Bougrelas est le troisième des fils de Venceslas. Âgé de 14 ans, il est le seul survivant de la famille royale après le massacre perpétré par Ubu et ses hommes. Il va s’allier à Bordure et au tsar russe Alexis pour se venger et reprendre le trône.


D’autres personnages interviennent également dans cette pièce pour de petites interventions. Par exemple, Pile et Cotice fuient avec Ubu après leur défaite face aux russes. Le tzar Alexis va aussi venir en aide à Bordure pour renverser Ubu du trône. De plus, des foules interviennent, comme « toute l’armée russe », « toute l’armée polonaise », le « peuple », « les nobles », « les magistrats », « les paysans » …


Résumé de la pièce :

La pièce s’ouvre sur une scène de ménage entre le père Ubu et sa femme. Cette dernière, aspirant au trône de Pologne, lui propose de tuer le roi Venceslas (« massacrer toute la famille »). Elle lui dresse ainsi un tableau alléchant de la vie de souverain. Ubu réfléchit et se fait finalement convaincre par sa femme. Arrivent ensuite le capitaine Bordure et ses hommes qui viennent à dîner. Un « splendide buffet » est dressé. Ubu expose à son officier son plan pour détrôner Venceslas et le promet de le nommer duc de Lithuanie s’il apporte son aide. Cependant, un messager arrive et annonce qu’Ubu est convoqué chez le roi. Croyant être démasqué, Ubu anticipe en disant : « Je dirai que c’est la mère Ubu et Bordure ». Toutefois, le roi veut seulement « récompenser ses nombreux services comme capitaine de dragons ». Ce nouveau titre n’enlève en rien les idées d’Ubu, qui décide de « ficher un grand coup d’épée » sur Venceslas. Le premier acte se termine sur la promesse « de bien tuer le roi. »


L’Acte II s’ouvre la veille de la revue des armées. La reine Rosemonde a un rêve prémonitoire et tente d’avertir le roi sur les mauvaises intentions d’Ubu. Cependant, le roi ne la croit pas et pense que « Monsieur de Ubu est un fort bon gentilhomme. » Pendant la revue des armées, au signal « Merdre ! », Venceslas est tué : « je suis mort », ainsi que deux de ses fils. Bougrelas et sa mère qui assistent à la scène de l’intérieur du château s’enfuient par « l’escalier secret ». Cependant, Rosemonde meurt de chagrin et d’épuisement ; son fils jure de la venger. Dans la dernière scène, Ubu est couronné et organise des jeux en donnant des caisses d’or aux gagnants.


Dans l’Acte III, mère Ubu met en garde son mari concernant les dépenses du royaume. Celui-ci décide de tuer tous les nobles, puis les magistrats et enfin les financiers qui ne l’écoutent pas : « A la trappe ! ». Puis, il décide de récolter les impôts par lui-même. Il va donc chez un paysan, qui affirme avoir déjà payé lors du règne de Venceslas. Il détruit alors sa maison et lui vole son argent. Enfin, Ubu emprisonne Bordure et, par conséquent, ne tient pas sa promesse. Ce dernier réussit à s’échapper et se réfugie chez le tsar Alexis, qui décide d’attaquer la Pologne. Ubu n’a d’autre choix que de déclarer la guerre aux Russes.


La mère Ubu profite de cette situation pour dérober le trésor des anciens rois de Pologne. Mais, elle est surprise par Bougrelas. Une bataille s’engage alors entre ses gardes et les partisans de Bougrelas. La mère Ubu réussit à s’échapper. Pendant ce temps, l’armée polonaise attend les ordres d’Ubu, mais les Russes attaquent les premiers. Le père Ubu est touché par une balle et l’armée Russe avance. Ubu décide de s’enfuir : « Sauve qui peut ! » et se retrouve dans une caverne en compagnie de Pile et Cotice. Cependant, un ours entre et attaque Cotice. Ubu se réfugie sur un rocher et prie tandis que Pile attaque la bête. Il finit par la tuer. Ubu, qui refuse de dépecer l’animal, est abandonné par ses compères dans la grotte pendant son sommeil : « Partons alors ! »


Enfin, dans l’Acte V, la mère Ubu entre dans la même grotte où le père Ubu est en train de dormir. Celle-ci raconte son périple : « traverser toute la Pologne en quatre jours ! ». Puis, elle se rend compte que son mari est présent. Elle lui fait alors croire qu’elle est « Saint Gabriel ». Elle lui dit que sa « femme est adorable et délicieuse » et qu’elle « ne détourne pas un sou ! ». Mais le père Ubu découvre la supercherie et lui raconte sa défaite, tout en exagérant ses actes. Mais ils sont découverts par Bordure et ses hommes. Ils se battent « de leur mieux » et arrivent à s’enfuir. La dernière scène de la pièce se déroule sur un navire, alors qu’une tempête fait rage. Les époux Ubs se demandent où ils vont pouvoir aller, soit « à Paris » ou bien en « Espagne ».


Les thèmes principaux :

Dans cette pièce, Alfred Jarry utilise un langage vulgaire et grotesque. En effet, cette scène s’ouvre avec le fameux « Merdre ! », expression inventée par Jarry dans le but de déstabiliser le spectateur. De nombreux jeux sont dès lors créés autour de cette expression. Par exemple, dans la scène 4 de l’Acte I, Ubu dit : « Eh ! la merdre n’était pas mauvaise ! » L’utilisation de ce langage trivial provoqua lors de la première représentation en 1886, un scandale général. Alfred Jarry se moque donc de la littérature classique et transgresse les règles de la bienséance.


De plus, cette pièce est une parodie du pouvoir. Elle s’inspire très largement de la pièce de l’auteur anglais Shakespeare, Macbeth. D’ailleurs, dès la dédicace de cette pièce, Jarry joue sur le nom de famille Shakespeare. De même, la ressemblance entre les intrigues et les personnages de ces deux œuvres est flagrante. Parallèlement, le titre de cette pièce s’inspire de la tragédie grecque de Sophocle, Œdipe Roi, œuvre fondatrice du théâtre tragique. Alfred Jarry réalise donc une parodie de tragédie, en rendant ses personnages on ne peut plus ridicules. En effet, le père Ubu représente « tout le grotesque qui est au monde », selon l’expression d’Alfred Jarry. C’est un despote gras, cupide, naïf, sot, et cruel et qui incarne donc tous les vices possibles. De même, sa femme est manipulatrice, méchante, et avide de pouvoir. Ce couple Ubu représente aujourd’hui un véritable symbole du ridicule puisque l’adjectif ubuesque signifie de nos jours « comique, démesuré poussé jusqu’à l’absurde. »


Cette réflexion nous conduit à notre troisième thème qui est l’absurde. En effet, Alfred Jarry se situe à la frontière entre le courant Symbolique et le Surréalisme. Le symbolisme repose sur le symbole, le rêve, et s’oppose au réel. Dans cette pièce, il est évident que la vraisemblance n’est pas respectée. Par exemple, à la fin, Ubu annonce que la Germanie s’appelle ainsi car « les habitants de ce pays sont tous cousins germains ». Mais Jarry est également un précurseur du courant surréaliste, dont les principaux auteurs sont Antonin Artaud et Roger Vitrac. En effet, Jarry refuse les règles du théâtre conventionnel et instaure un univers très éloigné de la réalité, subvertissant le langage et utilisant la dérision et l’absurde.


Jugement personnel :

Cette pièce m’a beaucoup intéressée par son côté grotesque. Les personnages sont poussés jusqu’à l’extrême, ce qui rend cette œuvre très comique. En effet, le père Ubu est un personnage démesuré et complètement ridicule. Par exemple, pendant l’attaque de l’ours, il croit que c’est grâce à lui et son Pater Noster que l’animal est mort : « vous le devez à la vertu magnanime du maître des phynances, qui s’est évertué, échiné et égosillé à débiter des Patenôtres pour votre Salut ! ».


J’ai également beaucoup apprécié les expressions inventées par Jarry : « merdre » et « de par ma chandelle verte », très drôles et toujours bien placées. La gradation d’Ubu « Oh ! je suis blessé, je suis troué, je suis perforé, je suis administré, je suis enterré. » m’a beaucoup fait rire.


Toutefois, les scènes sont parfois difficiles à s’imaginer à cause du nombre de personnages présents sur scène ainsi que la quantité de décors. Je pense notamment aux scènes qui ont lieu sur le champ de bataille, où « toute l’armée russe » et « toute l’armée polonaise » sont censées être présentes.

Cependant, j’aurais bien aimé regarder une représentation de cette pièce, et notamment voir comment le personnage d’Ubu est interprété. Je pense que lire cette pièce ne suffit pas et que la mise en scène est primordiale.


Pour conclure, cette pièce est très comique, de par le langage et les personnages utilisés et elle mérite d’être mise en scène.


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