Bowery Relicts

Voici une des oeuvres que j'ai choisie pour l'histoire des arts en 3ème.

Introduction :

Bowery Relicts est une sculpture hyperréaliste réalisée par Duane Hanson en 1969 qui représente trois sans-abris couchés à même le sol.


Quelques mots sur l’auteur : Duane Hanson est un sculpteur américain né en 1925 en Floride. Il a fait des études d’arts et obtenu de nombreux diplômes. Dans les années 1960, il est remarqué comme l’un des meilleurs sculpteurs américains hyperréalistes grâce à ses sculptures grandeur nature. Il parle de la face sombre du rêve américain : la pauvreté, le racisme, la maltraitance… Il a notamment dit : «Le sujet que je préfère, ce sont les personnes ordinaires des classes populaires et moyennes. Pour moi, la solitude de leur existence captent la véritable réalité de la vie de ces gens ». Il meurt en 1996, d’un cancer, suite à l’usage abusif des matériaux utilisés pour ses œuvres. Il appartient à deux courants artistiques distincts:


- Le courant hyperréaliste, qui est un courant artistique né aux États-Unis à la fin des années 1960. Il est caractérisé par des imitations pures et simples du réel à partir de photographies. Duane Hanson était un sculpteur moteur de ce courant avec notamment le peintre Chuck Close.


-Le pop’art est un mouvement artistique anglo-américain, apparu dans les années 1950, qui consiste à l’utilisation des objets de la vie quotidienne les plus banals, pour exprimer l’insolite.


Le contexte historique :

Pour pouvoir comprendre cette œuvre, il est impératif de connaître le contexte historique. Dans les années 1960, le contexte politique et social est très agité aux États-Unis. La Guerre Froide fait rage, avec notamment la guerre du Vietnam qui crée de nombreuses tensions au sein du territoire. La lutte pour l’égalité des droits entre Blancs et Noirs et la criminalité urbaine bouleversent également les États-Unis.


Méthode de réalisation :

Bowery Relicts, comme toutes les autres œuvres de Duane Hanson, a été fabriquée à partir de fibres de verre et de résine. Le sculpteur a créé ses moulages directement sur des modèles vivants. Cette technique s’appelle « Lifecasting » (prise en direct) et a pour but de reproduire dans les moindres détails les finesses du corps humain. Une fois ses modèles réalisés, il les peint le plus précisément possible puis les habille et les coiffe. Pour finir, il ajoute des accessoires réels. Ainsi, Hanson réussit à renforcer le réalisme de la scène et rendre ses sculptures (presque) vivantes.


Description :

Cette sculpture représente donc trois SDF. Le premier est assis contre le mur, jambes étendues et semble regarder par terre, à moins qu’il ne dorme. Les deux autres dorment en position fœtale, les jambes remontées vers la poitrine. L’un d’eux a un pantalon abaissé qui nous laisse voir ses fesses.

Tous trois ont la peau sale, presque noire et portent des haillons. Ils se partagent une toile jaune et chiffonnée, où se trouvent aussi des cartons et autres déchets.


Constituants plastiques :

Les constituants plastiques sont les éléments qui mettent en scène l’œuvre. Ici, ce sont :

-matière : la matière est très importante dans cette œuvre, ou du moins son réalisme. Si ces modèles avaient été réalisés en bois ou en marbre, des matières nobles, l’œuvre ne serait plus très intéressante…


-espace: Cette œuvre est à échelle 1, c’est-à-dire qu’elle est à taille humaine et nous rapproche de ces personnes. Il n’y a aussi aucune mise en valeur, aucun socle. Cela peut paraître étrange mais le fait qu’il n’y ait aucune mise en valeur permet d’attirer l’œil des visiteurs. Si elle avait été dans une vitrine serait-elle toujours aussi attirante ? L’auteur pose son œuvre sur le même sol que les visiteurs.


Émotions :

Cette œuvre fait ressortir beaucoup d’émotions, qui ne sont pas forcément positives. Nous sommes, il faut le dire, un peu dégoûtés face à ces trois hommes. Leur encrassement nous écœure, même si ce ne sont QUE des sculptures. Mais nous éprouvons aussi de la pitié car nous nous rappelons qu’ils n’ont pas de toit. La consternation est aussi ressentie car nous sommes abattus par cette exposition aussi brute de la misère.

Nous nous posons des questions aussi : comment en sont-ils arrivés là ? Comment vont-ils s’en sortir ? À quoi pensent-ils ?


Interprétation :

Avant toute chose, il faut comprendre ce titre. Bowery est une rue du Sud de New York. En 1940, elle commence à être fréquentée par des SDF et alcooliques, ce qui lui donne une mauvaise réputation. On y trouve des hôtels bon marché, des loyers moins chers mais aussi un taux de criminalité très élevé. En anglais, « relicts » signifie « vestiges ». Ce titre signifie donc les vestiges de Bowery, autrement dit les éléments restants les plus vieux de cette rue si mal fréquentée.

Les œuvres hyperréalistes de Duane Hanson ont toujours été un miroir reflétant la face noire du rêve américain et du mode de vie américain : « l’american way of life ». Dès que quelque chose le dérangeait dans la société américaine, Hanson prenait ses matériaux et ses pinceaux et créeait une œuvre en rapport.

En réprésentant ces SDF dans leur vie quotidienne si banale, il critique et dénonce les valeurs de richesses et la misère. Il immortalise au musée cette pauvreté qui dérange, quitte à ce que son œuvre ait une image peu flatteuse voire répulsive, à la manière d’Honoré Daumier pour son tableau Le wagon de troisième classe.

Honoré Daumier, Les wagons de la troisième classe

En ne nous fournissant aucune réponse sur leur vie, il nous fait réfléchir : peut-être qu’avant, ces hommes étaient riches et heureux et qu’à un moment donné, ils ont fait une erreur qui ne les a pas épargnés… Il nous fait donc comprendre la sélectivité du rêve Américain car ce dernier exclut les pauvres par exemple (mais aussi les Noirs, ou plus simplement les gens ordinaires que personne ne remarque): il n’est pas pour tous. Tel un bus que l’on voit partir au loin, l’American Dream n’a pas invité ces hommes qui sont restés sur le bord à l’attendre. Edward Hopper est aussi un peintre américain qui a traité de ce rêve américain, par exemple dans son œuvre Automat il représente une jeune femme installée à un bar, perdue dans ses pensées.

Automat, Edward Hopper

Mais l’auteur nous fait aussi méditer sur une autre chose, qu’il a aussi réaliser avec sa Cleaning Lady. Si ces sans-abris avaient vraiment été vivants, dans la vraie rue de Bowery, auraient-ils eu un tel succès ? Est-ce que tout le monde se serait arrêté devant eux pour les admirer ? Pire encore, il arrive à nous faire affronter une des scènes que l’on esquive toujours : celle de marcher dans la rue en détournant les yeux des mendiants et en refusant de voir leur misère.

Cleaning lady, Duane Hanson

Je pense que c’est le but de Duane Hanson : faire comprendre au public que ses sculptures ne sont pas plus captivantes que les hommes, les vrais. À présent, nous pouvons nous poser une question grave : l’art serait-il plus intéressant que la vie humaine ?


Conclusion :

Avec un peu de résine, de la fibre de verre et beaucoup de travail, Duane Hanson nous présente ici une œuvre dénonçant la pauvreté. Il arrive à nous faire réfléchir sur des questions sociétales importantes, en reproduisant une scène inévitable qui pourrait se produire presque partout.


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