Different trains

Voici l'une des oeuvres que j'ai choisie en histoire des Arts en 3ème.

Introduction:

Different trains est une œuvre musicale pour quatuor à cordes et bande magnétique réalisée par Steve Reich en 1988. Elle a remporté le Grammy Award de la meilleure composition de musique classique contemporaine. D’une durée d’environ 27 minutes, elle traite de la déportation des Juifs dans les trains.


Un petit mot sur l’auteur :

Steve Reich est un compositeur de musique contemporaine né en 1936. Intéressé par les percussions et la musique africaine, il fonde son ensemble en 1967. Aujourd’hui, il est considéré comme le plus sophistiqué des pionniers de la musique minimaliste. Cette dernière est un courant de musique contemporaine apparue dans les années 1960 aux États-Unis. Fréquemment appelée musique répétitive, elle est notamment animée par Steve Reich et Philip Glass. Elle consiste à la répétition fréquente d’une même note ou d’un même motif.


Steve Reich

Contexte historique :

Cette œuvre parle de la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, en 1942, Hitler et son gouvernement Nazi mettent en place la Solution Finale. C’est ainsi que des milliers de Juifs seront déportés dans les camps d’extermination en trains.

Or, Different trains a été créé en 1988, soit plus de 40 ans après le génocide. Steve Reich nous informe qu’il était Juif et que rapidement, ses parents ont divorcé. Leur enfant passait son temps entre la maison de son père à New York et celle de sa mère à Los Angeles. Il voyageait alors en train, accompagné de sa gouvernante. Ce dernier a affirmé : « je songe maintenant qu'étant juif, si j'avais été en Europe pendant cette même période, j'aurais sans doute pris des trains bien différents... »


Construction de Different trains :

Different trains est construit de plusieurs éléments :

Sur la bande magnétique sont présents les voix de Virginia, sa gouvernante qui l’accompagnait toujours pendant ses voyages en train, de M.Davis un ancien employé des wagons-lits sur la ligne de New York- Los Angeles, de survivants de l’Holocauste : Rachella, Paul et Rachel qui parlent de leur affreuse expérience, les sons de trois quatuors à corde et ceux de trains américains et européens des années 1940. Pour finir, le jour du concert, un quatuor à corde final (c’est-à-dire 2 violons, 1 alto et 1 violoncelle) vient s’ajouter.


Il utilise une technique de déphasage : quand un court motif est répété très vite par plusieurs musiciens, un décalage apparait puis évolue au cours de la pièce : ça donne un effet d’écho. C’est donc une musique mixte puisqu’elle superpose des parties instrumentales et vocales en directe et enregistrées qui utilise des techniques modernes et électro-acoustique car elle regroupe des sons de synthèse.


Voici la partition d’un moment de la première partie. Nous voyons bien que seules deux notes (do et fa) se répètent : c’est un ostinato. La tonalité est si bémol mineur, ce qui insiste bien sur la caractère pathétique de l'oeuvre.

En faisant le choix d'utiliser des enregistrements de voix authentiques, Reich donne à son œuvre la dimension d'un témoignage historique.


Cette pièce est composée de trois parties :

  • « America before the war », qui parle des trains qui relient Chicago, New York et Los Angeles en 1941.

  • « Europe during the war », ce sont principalement des témoignages de personnes âgées mais qui parlent avec leur mémoire d’enfant. Ils racontent comment les Allemands sont rentrés chez eux, comment le voyage s’est passé et comment ils ont vu les camps d’extermination.

  • « America after the war », qui raconte la fin de la guerre et la disparition des trains. On nous parle aussi d’une jeune chanteuse que les Allemands adoraient écouter chanter.

3:25 / 4:00 : Dans cet extrait, les personnages passent dans les trains, le tempo s’accélère et la tension monte. Les sirènes des trains font leur apparition. J’ai choisi cet extrait car c’est le moment le plus intense.


Interprétation :

Dans cette pièce, Reich joue avec les paramètres du son pour évoquer la guerre et la terreur.

Des ostinati rythmiques joués pas les violons, c’est-à-dire des motifs répétés en boucles font référence aux trains de la déportation et créent un sentiment d’angoisse. Les nombreux changements de tempos produisent l’effet de trains en marche qui s’arrêtent et repartent. Ces voix enregistrées des vrais survivants de l’Holocauste qui ne sont ni chantées, ni travaillées font un effet glacial et perturbant. Le bruit continu d’une sirène évoque le danger et les secours. Les violons jouent parfois des sons très aigus qui rappellent la peur, la douleur à travers des cris d’enfants. La superposition des différentes mélodies font un effet de confusion, comme dans les camps.


Le fait que les instruments reproduisent exactement la même mélodie que le discours des personnes interviewées donne l’impression que les voix des protagonistes sont poursuivies par les instruments, comme les Nazis qui recherchaient les Juifs.

Le déphasage crée un effet de ressemblance mais jamais vraiment totale : les trains d’Europe et des États-Unis se ressemblaient mais leur destination était totalement différente.

Cette œuvre dénonce donc la cruauté d’Hitler et de tous ceux qui l’ont aidé à réaliser cette horreur.


Cette pièce est très angoissante et stressante. L’intensité ne retombe jamais. S’il fallait traçer la courbe de l’intensité, je dirais qu’elle est déjà forte dans la première partie. Au moment où l’on entend les premières sirènes de trains, c’est l’apogée. Puis elle, redescendrait un peu, comme au début.

Courbe d'intensité

La première fois que je l’ai écoutée, j’ai failli arrêter car ces voix me tourmentaient. Maintenant, dès que j’entends des bruits de trains, j’ai des frissons parce que je me souviens de cette pièce.


Les comparaisons avec d’autres œuvres sont nombreuses car beaucoup d’artistes ont traités de cette période. La gare St Lazare de Claude Monnet : nous retrouvons des trains, certes différents puisqu’ils datent des années 1880. Dies Irae de Pendercki est une œuvre musicale à la mémoire des victimes d’Auschwitz. Les convois de la honte est un documentaire réalisé par Raphaël Delpard en 2010 et explique comment la SNCF a organisé tous ces voyages.













Conclusion :

Different trains est donc une œuvre répétitive qui utilise des techniques modernes et originales pour exprimer l’abomination des voyages en trains pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est un hommage à toutes les victimes de la Shoah et même ses survivants qui sont ressortis traumatisés.

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